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Critiques de films de cinéma, de concerts, de musique, de sorties, tous mes coups de coeur culturels.
Bonne visite!
Solène
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Il était une fois … deux (charlatans) chasseurs de sorcières et monstres de tous poils, nommés les Frères Grimm. Or à l’aube du XIXème siècle, dans une Allemagne envahie par les troupes napoléoniennes, de mystérieuses disparitions d’enfants ont lieu dans la forêt attenante à un petit village … Fait capturés, Wil (Matt Damon) et Jake Grimm (Heath Ledger) sont à la merci du général Delatombe (Jonathan Pryce). Pour sauver leur peau, ils devront mener l’enquête et pour leur passer toute envie d’escroquerie, les voilà chaperonnés par un bourreau italien plutôt du genre diabolique, Cavaldi (Peter Stormare). Le village, bourgade digne de Mylène Farmer et de son Boutonnat de réalisateur, a connu plusieurs disparitions d’enfants et au pays des légendes et des malédictions, les superstitions vont bon train. Pour les mener à cette inquiétante forêt, Cavaldi et ses « Grimmy » se font conduire par la belle et sauvage Angelicka (Lena Heady). Décidemment, ces bois sont bien inquiétants, les arbres menançants. Quelle est cette gigantesque tour au milieu de la forêt ? Est-il vrai qu’une splendide et narcissique reine (Monica Bellucci) y vécut, cloitrée à l’abris de la maladie et de la vieillesse ?
Parce que nous sommes tous de grands enfants, Terry Gilliam (Monty Pythons, Bandits Bandits, Las Vegas Parano) nous raconte la légende des frères Grimm ; enfin sa légende à lui car cette histoire est d’emblé rendue féérique grâce à la formule magique « Il était une fois » - un peu à la manière de Cocteau avec « La Belle et la Bête ». Comme dans « Schreck (2)», Terry Gilliam puise allègrement dans les contes et dans leur terreau, le folklore européen et ses multiples superstitions. Ainsi donc, le petit chaperon rouge flirte avec le loup-garou. Blanche-Neige et la Belle aux bois dormant se partagent l’affiche tandis que plane l’ombre de la comtesse Bathory. Ici les contes de fées sont bien plus grinçants que ceux de Walt Disney et pour cause, on se rapproche de l’analyse de Bruno Bettelheim dans son ouvrage « Psychanalyse des contes de fées ».
Mené tambour battant dans une profusion hallucinante d’images et de sonorités, ce film est fouillis, voire bordélique (excusez cette franchise de langage). Et un tantinet longuet. Néanmoins, il possède cette indéniable touche farfelue propre à Gilliam, le même culot que « Bandit Bandit », la même vision personnelle de l’histoire que « Sacré Graal». L’humour et les trouvailles burlesques sont au rendez-vous. En même temps le film donne la frousse, nous replongeant avec délectation au pays des sorcières, des sortilèges et autres créatures terrifiantes. Ce retour à l’enchantement et aux craintes de l’enfance réside pour partie dans les décors et la photographie. Des bois luxuriant, opressants et déserts. Des arbres qui marchent tout seuls. Des mares d’où surgissent des corps comme sortis d’un tableau d’Odilon Redon ou de Rossetti. La photographie rappelle « Le Petit Poucet » d’Olivier Dahan dont le seul intérêt résidait dans les décors peints ; Magnifiques et inquiétantes œuvres de studio.
Une fois n’est pas coutûme, j’éclipserai les principaux personnages au profit d’un rôle assez secondaire et finalement tête d’affiche : la reine campée par Monica Bellucci (Doberman, Matrix, Astérix et Obélix). Elle n’est pas royale, elle est divinement belle et resplendissante dans ce personnage méphitique et destructeur. Pourquoi ce protagoniste en particulier alors qu’on le voit très peu au final ? Tout converge vers cette femme, légende locale, synthèse des personnages féminins de nos contes et légendes : belle au bois dormant, marâtre de Blanche-Neige, princesse Méline dans sa tour … et toujours cette sinistre comtesse Bathory, à l’instar de son parent Vlad Von Dracula, s’abreuvant du sang frais de ses jeunes victimes pour conserver éternellement sa beauté juvénile …Telle une narcissique vanité, Bellucci campe un personnage double : une ravissante jeune-femme enchanteresse et son contraire, un cadavre décati se nourrissant de sang jeune pour survivre. Tout dépend du miroir où se reflète l'image ... / Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle en ce royaume ?/ Ce film est pas mal. Ensorcelant pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant et qui ont toujours frissonné … de plaisir et d’effroi. ;-) A vos classiques!
LES AMES GRISES (Yves Angelo - 2005) Nous sommes en 1917 et la guerre fait rage. Dans un petit village, une fillette est assassinée. Qui a bien pu commettre ce crime abominable? Le climat tendu propice à la désertion de soldats violents à l'esprit troublé? Le vieux procureur (Jean-Pierre Marielle) hautain et ambigu? Le juge (Jacques Villeret) instruit à sa guise et de façon partiale tandis que le policier (Denis Polyadès) tente de mener l'enquête. Mais au final, qui a tué la petite fille?? La question reste sans réponse dans ce film signé Yves Angelo (Le Colonel Chabert, Un air si pur) qui le co-réalise avec Philippe Claudel, l'auteur du roman Les Ames Grises (Prix Renaudot 2003). Difficile de définir le genre du film, un peu policier : le meurtre, un peu historique : la guerre et ses poilus, très psychodramatique. A trop vouloir en montrer, à dépiauter les principaux protagonistes, à surabonder en détails, le film perd son fil directeur (d'ailleurs, quel est-il au fond) et nous noie dans un flot d'histoires anecdotiques et décousues. Les dialogues de Philippe Claudel n'apportent pas grand chose au film et les multiples silences sont de trop. Dommage que les dialogues n'aient pas été plus incisifs dans ce contexte pourtant pernicieux, dramatique et mystérieux ... Ce film a des aspects de "déjà vus" à la croisée du Corbeau de Henri-Georges Clouzot pour l'ambiance malsaine d'un petit village de province et d'Un long Dimanche de fiançailles; l'actrice Marina Hands me faisant irrésistiblement penser à Audrey Tautou tant physiquement que par ses amours contrariées. Il faut saluer le travail sur l'esthétisme grâce à la photographie, aux costumes et aux décors à faire pâlir d'envie Simenon. On nage en plein sordide tout le long du film, la photographie signée Jérôme Alméras y est pour beaucoup grâce aux couleurs froides, tristes, surannées. Les Ames grises est l'une des dernières apparitions de Jacques Villeret (Diner de Cons, Les Enfants du Marais). Il campe ici un ignoble juge d'instruction peu scrupuleux et passablement goinfre. Son personnage cynique et détestable tranche radicalement avec ses précédents rôles, au moins ce film montrera une autre facette du comédien. Jean-Pierre Marielle (Les Galettes de Pont-Aven, Que la fête commence) incarne un procureur général détaché qui guette la mort. Fantôme d'un notable impérieux, personnage trouble, séducteur impénitent voire pédophile ... Marielle dégage toujours ce charme captivant, cette délicieuse séduction qui est sienne. Quant à Denis Polyadès (Le Parfum de la Dame en noir, Bienvenue en Suisse) il incarne un policier dénué de pouvoir, un homme qui souffre de ne pas être conscrit et bientôt père ... Le film passe, le spectateur trépasse. Malgré cette belle affiche, malgré l'obtention d'un prix pour le roman, le film m'a semblé bien creux et inintéressant :-(
KEANE (Lodge Kerrigan – 2005) William Keane (Damian Lewis) est un jeune père dont la fillette a disparu. Le temps a passé mais il continu les recherches, en vain. A mesure de ses investigations, le désespoir l’étreint et il sombre dans la folie, rapidemment rattrapé par la misère et l’isolement. Un soir il fait la connaissance d’une mère (Amy Ryan) et de sa petite-fille (Abigail Breslin) qui doit avoir sensiblement le même âge que son enfant. Tout en cachant son passé, il tente de se faire accepter par cette famille et reporte toute son affection sur la fillette en vue d’un nouveau départ … Lodge Kerrigan (Clean, Shaven, Claire Dolan) qui se dit intéressé par la psychiatrie et les maux de la société s’attèle à filmer la chute d’un père après la disparition de son enfant. Sujet oh combien grave, remarquablement filmé notamment avec l’omniprésence de l’affolant Damian Lewis (Dreamcatcher) qui campe admirablement ce père sombrant dans la folie, sur les chemins de la paranoïa, « Keane » mèle l’anéantissement à la misère. De facto règne une implacable tension tout le long du film. Frissons garantis pour les parents ! Kerrigan vient de remporter deux prix au Festival de Deauville pour ce film : le prix du jury et le prix de la critique internationale. France Inter, en la personne de Gilles Schneider son patron, a ovationné « Keane » à l’occasion de l’avant-première qui avait lieu lundi 12 septembre. A noter que ce film a été produit par Soderbergh (Ocean 11 & 12). Le film sort le 21 septembre prochain et le voilà déjà acclamé par les média, la profession comme étant un pur chef-d’œuvre ! Mais que se passe-t-il quand on ne partage pas le même avis ? Quand bien même je ne suis pas critique de cinéma, on m’a souvent posé la question : quid de ton opinion face à l’avis général. « Keane » me semble être un très bon exemple car contrairement aux professionnels, je ne l’ai pas apprécié. Lorsque je regarde un film, je me rends très vite compte si je vais aimer ou pas, si l’alchimie est au rendez-vous ou non. En sortant de la séance, je sais déjà ce que je vais dire. J’aime bien confronter mon opinion à celles de critiques pro mais je ne m’en inspire pour aini dire pas. Quand je sens qu’un film va bénéficier d’un gros bâtage médiatique, je fais attention à la forme mais le fond demeure le même. Tous les avis se valent mais il faut être en mesure de s’expliquer. Et rester raisonnable car ça demeure un point de vue !
KISS KISS BANG BANG (Shane Black - 2005) Recherché par la police pour vol, Harry Lokhart (Robert Downey Jr) se retrouve à passer un casting et, ironie du sort remporte le rôle. C’est ainsi que dans la foulée, il fête Noêl à Los-Angeles avec tout le gratin hollywoodien. Pour la préparation de son rôle, la production le fait coacher par un détective professionnel aux méthodes peu othodoxes (Val Kilmer). Lors d’une séance d’entrainement nocturne, tous deux sont témoins d’un meurtre. Cet improbable duo voit se greffer une comédienne en mal de reconnaissance (Michelle Monaghan) qui semble être liée au crime. Commence alors une calvalcade semée de cadavres et de rebondissements loufoques et hilarants ... Shane Black (/L’Arme Fatale, Last Action Hero, Au revoir à jamais/) revisite les pulp movies un peu à la manière d’un certain /Pulp Fiction/ de Tarantino. Entre coup de foudre et coup de feu, le réalisateur nous sert une énigme policière façon /Dalhia Noir/ revisité par Peter Farrelly dans /Mary à tout prix/ ; à savoir déjanté sans être lourd, sanguinolant sans être écoeurant, gonflé sans être vulgaire. A travers ce décapant et irrévérencieux hommage aux films noirs, Black nous emmène dans l’univers du cinéma made in Hollywood, un peu à la manière de David Llynch dans /Mulholland Drive/. A l’exception près que ce n’est pas une immersion dans la perversité du show-business ! Il faut reconnaître que le scénario est un peu tarabiscoté mais le comique de circonstance nous reconnecte illico en cas de décrochage. Amateurs de gags et de burlesque, vous apprécierez le mordant des dialogues, la bobine de Robert Downey Jr, le flegme de la musique teintée sixties … Occasion de revenir au trio azimuté Downey Jr, Kilmer, Monaghan. Robert Downey Jr (/Short Cuts, Tueurs-nés/) est physiquement l’abracadabrante rencontre de Stalone et Daho. Personnage principal et décalé, il se construit progressivement aux côtés d’un Val Kilmer (/Willow, Batman, Heat/) sacrément rondouillard et poupard, en apparence sérieux mais là encore, limite cinglé. Avec ce film, Shane offre un retour salutaire à ces deux acteurs à la carrière en pointillée. Pour camper le rôle du privé,Val Kilmer a du perdre une quinzaine de kilos mais aux vues de sa carrure « bibundumesque », ça nous rappelle que la roue tourne, même pour les "stars" ... Quoiqu’il en soit, ce duo des plus cocassses, un peu à la manière de Laurel et Hardy ou Jack Lemmon et Tony Curtis dans /Certains l’aiment chaud/, offre la part belle à la jeune Michelle Monaghan (/Constantine/). Cette comédienne pétillante et mutine apporte au film charme et fraicheur. Son singulier visage, sa voix légèrement éraillée font de cette femme-enfant un charmant elf, complément indispensable pour cette trinité toquée.
